Le jour de notre rencontre
Rappelle-toi, le jour de notre rencontre...
C'était à l'anniversaire d'une copine, en plein juillet, à la plage. Nous étions tous en maillot de bain. Certains nageaient, d'autres bronzaient ou bavardaient ensemble, d'autres jouaient au badminton...
Je ne te connaissais que de loin, comme n'importe quel autre élève du lycée... mais ce jour-là, j'ai capté ton regard, tu es venu t'asseoir à côté de moi, pendant que je buvais du jus d'orange au bar.
_ Alors, tu t'amuses ?
_ Ouais, et toi ? j'ai répondu.
_ Tu t'appelles comment ?
_ Eloïse, et toi ?
_ Luc.
Tu avais un corps d'athlète, légèrement hâlé par cette courte exposition au soleil qui avait à peine duré une heure déjà. Tu étais en maillot imprimé de motifs hawaïens, un tatouage chinois sur l'épaule. Tes yeux bleus brillaient, riaient même, tes cheveux blonds caressaient tes épaules. J'ai remarqué une petite tresse avec une perle en bois dans tes cheveux.
J'ai tendu la main vers ton tatouage. Je l'ai touché, caressé du revers du doigt. Ta peau était chaude, comme du cuir qu'on aurait laissé longtemps au soleil.
_ Il te plaît ? tu m'as demandé.
_ Ça signifie quoi ? j'ai dit à voix basse.
_ C'est le symbole chinois de l'amour... que je recherche.
On s'est alors regardés, on s'est souri.
_ Tu viens qu'on aille nager ?
_ D'accord, je dis.
Dans l'eau, ni trop fraîche, ni trop tiède, nous avons barboté. Nous nous sommes éclaboussés, poursuivis en poussant d'heureux cris de joie qui ne manquaient pas d'attirer les regards curieux des autres. Puis, j'ai senti ma peau s'échauffer.
_ Putain, j'ai dit, il faut que j'aille mettre de la crème solaire, sinon je vais cramer.
J'ai la peau très fragile.
Je suis sortie de l'eau, me suis dirigée vers la natte sur laquelle j'avais posé mon sac, en dessous d'un large parasol. Je me suis séchée avec ma serviette, j'ai sorti ma crème solaire lorsque tu es arrivé.
_ Etends-toi que je t'en mette.
Je me suis étendue. Tu t'es mis près de moi, sur la natte fraîche, sous l'ombre du parasol, tu as ouvert le tube de crème, tu as pris une noisette que tu as échauffée entre tes doigts avant de l'appliquer très lentement sur ma peau. J'ai pensé alors à Léonardo Di Caprio, sur qui je venais de lire un article le jour-même : il y avait dit qu'il aimait mettre de la crème solaire aux filles, sur la plage...
Puis, tu t'es étendu à côté de moi. Tu as pris une pincée de sable, que tu as fait glisser sur mon ventre, dans l'entonnoir que tu avais fait avec ta main.
_ Et si tu venais au chalet ? tu m'as dit.
Tu possédais un chalet sur la côte, dans lequel tu passais trois semaines avec des copains, sans maman.
J'ai porté ma robe et mes sandales, je suis montée sur un vélo emprunté à une copine, tu avais le tien. Je t'ai suivi sur la route sablonneuse, le vélo bondissant sur les cailloux ; tu allais doucement pour ne pas me laisser à l'arrière. A un moment, tu étais si proche de moi qu'on a tous les deux lâché le guidon d'une main pour se la tenir. Puis, nous nous sommes lâchés, et dans un éclat de rire, je t'ai précédée. Tu m'as dit : « Hé, attends-moi ! » et je l'ai fait.
Puis, nous sommes arrivés au chalet, qui sentait bon le pin et l'encens.
_ J'aime l'encens, ça me rappelle des souvenirs. J'ai vécu en Inde pendant ma jeunesse.
Et tu en allumes un bâton, que tu poses sur un socle en céramique.
La pièce principale, qui était en même temps salon, salle à manger et cuisine, était plongée dans l'obscurité, éclairée seulement par la lumière du soleil filtrée par les stores.
_ Allonges-toi sur le divan. Tu veux un coca ?
_ S'il te plaît.
Je t'entends ouvrir le réfrigérateur, en sortir deux bouteilles qui s'entrechoquent, le refermer, poser les bouteilles sur la table, les décapsuler...
Tu t'assieds près de moi, sur le divan, tu m'en tends une, je m'appuie sur mon coude pour boire, pendant que je te regarde téter à la tienne. Puis, ton regard bleu m'a surprise en train de te contempler, alors tu lâches la bouteille, que tu déposes par terre, et tu te penches sur moi pour m'embrasser.
Tu m'embrasses rapidement, puis tu t'arrêtes, sur le point de t'excuser si tu vois que je n'en veux pas, mais je lâche ma bouteille et je plaque ta tête contre la mienne pour que tu m'embrasses encore plus. Ton baiser est sel, mer, aigue-marine...
_ Luc, s'il te plaît, fais-moi...
Tu comprends. Aussitôt, deux minutes plus tard, te voilà au dessus de moi, me transportant au plus beau des ciels...
J'embrasse ta peau, je n'arrête pas de t'embrasser partout, sur tes cheveux, ta peau, tes lèvres, tes paupières...
Je ris, je pleure, je hurle, je souffle... tu gémis de plaisir.
Puis, tu sors très doucement, tu te relèves, tu m'embrasses tendrement...
Nous remarquons, sur le divan, une trace rouge foncée...
_ Je vais nettoyer... je dis.
Tu me regardes.
_ C'est ta première fois ?
_ Oui, je dis.
A ce moment-là, tu me serres dans tes bras, me promettant que notre amour durera toujours... puis, mon téléphone sonne. C'est Lolie. Elle me demande où je suis. Je lui dis : chez un ami.
_ Allez, dépêche-toi, dit-elle, je vais bientôt souffler les bougies...
_ D'accord.
Puis, je me tourne vers toi.
_ Faut qu'on y aille.
_ D'accord.
Et nous voilà, de nouveau, sur les bicyclettes, en train de voir qui sera le premier à arriver à la plage...
